Avant cet été 1997, le rap, pour moi c’était une musique de kermesse, une version 90’ de la variété, destinée à faire danser ou marrer les foules insouciantes. C’était une vaguelette formatée FM représenté par Benny B, « Bouge de là » d’MC Solaar, « Le Mia » d’IAM, sans oublier les grosses machines amerloques comme MC Hammer ou Vanillia Ice (« Ice, Ice, baby »). Un truc bruyant et pas très beau, qui d’ailleurs ne cherche même pas à l’être.

Puis tombe la claque. Elle s’appelle « L’Éole du Micro d’Argent », et est administrée par ce même IAM, sextet de samouraïs radiophoniques marseillais. Bluffé, je le suis, en découvrant sur MCM le clip du « l’Empire du Côté Obscur ». Il ne s’agit pas ici d’amuser la galerie ou d’egotriper sur ses rêves de grosses bagnoles et d’argent facile, loin de là. Référence à peine voilée à la mythologie moderne de la Guerre des Étoiles, ce texte raconte la tentation du Mal, la machine de guerre implacable que représente l’Empire, le choix cornélien du jeune chevalier Jedi. Vision allégorique de ce que vivent nos p’tits banlieusards ou simple trip sur un moment mythique du cinéma moderne ? La forme, en tout cas, autant que le fond m’ont percuté.
Car L’Éole du Micro d’Argent ne bouscule pas les codes en vigueur : elle les pousse jusqu’à la perfection. Les samples sont d’une qualité impeccable, emballés dans une rythmique puissante et efficace. Le flow d’Akhenaton et Shiruk’n (et de Freeman) sont affutés comme des rasoirs et d’une justesse millimétrée. Les textes sont à la fois percutants et bien ciselés : sans trahir le parler de la rue, ils le tirent vers le haut faisant un usage riche et précis du vocabulaire français et puisent dans l’histoire, l’art et le mysticisme de puissantes métaphores.
Rien n’est à jeter sur cet opus, qui m’à réellement ouvert à écouter massivement un certain Rap de qualité. Ma préférence va aux morceaux directement inspirés du concept épique de l’album, « l’Empire du Côté Obscur », « Quand tu allais, on revenait » et bien sûr la plage titre. Puis il y aussi les morceaux plus ancrés dans la réalité, prônant toujours la sagesse et la non violence comme « Petit Frère », « L’Enfer », « Regarde » et surtout « Demain c’est loin », cri de colère de près de 9 minutes, sans refrain, dur et compact comme une brique. Les morceaux plus léger sont aussi sympas (« Un bon son brut pour les truands », « Bouge ta tête », « Chez le Mac »). Mention spéciale aussi pour « Libère mon imagination » qui établit avec brio la filiation entre le Rap et les chants des esclaves Noirs américans.
Avec le Micro d’Argent, IAM a fait du Rap français un noble art. Ils ne le démentiront pas par la suite avec « Revoir un printemps » (2003) et « Saison 5 » (2007). Le Rap français, lui, glissera sans arrêt vers son côté plus vulgaire, Bling Bling et egocentrique … en attendant qu’un nouveau chevalier Jedi le fasse à nouveau sortir de son Côté Obscur.



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Pourtant, le CD n’a pas tué la casette tout de suite! En effet, pour le plus grand malheur des utilisateurs, et pour le plus grand bonheur des constructeurs et des ‘majors’ du divertissement, le CD était incopiable ! Si bien que pendant toutes les années 90’ la casette était le support dédié aux copies pirates (mais vraiment en cas de besoin, il était très peu distingué de ne pas acheter le CD de nos artistes préférés) et aux inévitables « best of morceaux choisis » que l’on se constituait patiemment à coups de ‘rec-play-pause’… Mais le graveur CD à eu raison de la casette, comme les baladeurs MP3 ont tué le CD (c’est vrai que les Discman, c’était une plaie).